Nature Aubrac

A propos de l’Aubrac

A propos de l’Aubrac

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Article de Renaud Dengreville.

     Parler de l’Aubrac, c’est évidemment envisager de décrire les grands biotopes qui le composent : la forêt, les milieux humides, les prairies et landes à bruyère. C’est aussi parler d’économie par l’élevage bovin et l’exploitation forestière. Si ces deux derniers se déroulaient sans impact écologique, nous n’aurions aucune raison de tirer la sonnette d’alarme.

     Natura 2000 vient de terminer un inventaire des biotopes ainsi qu’un bilan de santé de ces derniers. De ce constat et bilan, une piste d’action a été élaborée et chaque commune concernée par le projet de parc naturel de l’Aubrac recevra ces documents :

Tome l : Inventaire et analyse de l’existant
Tome 2 : Plan d’action

Ce dernier nous rappelle un bilan et plan d’action effectué par le CNRS il y a quelques décennies. Si les judicieux conseils de l’époque ont été suivis par quelques-uns, la connerie est restée de mise pour quelques autres. Nous savons bien que la résistance d’une chaîne, aussi solide soit-elle, est celle du maillon le plus faible. Le moindre promeneur, n’ayant guère de notion d’écologie, est apte à constater la dégradation des ruisseaux et pâtures.

    Toute personne ayant dépassé une trentaine d’année, paysan ou non, se souvient des fleurs cueillies pour décorer la maison, des truites braconnées à la main dans la moindre raze, des papillons que le maître ou la maîtresse d’école nous envoyaient chercher au bout des jardins ou près des ruisseaux, pour quelques leçons d’histoire naturelle, les dizaines de nids d’hirondelles qui animaient les étables pendant l’été, lorsque les vaches étaient en estive, les lièvres qui détalaient dans les parcelles à notre approche. Finie la course aux papillons, finie la pêche des truites et des grenouilles à la main. Fini de boire un bon coup d’eau pure et si fraîche au ruisseau, fini de trouver des vers dans les tas de fumier (les produits phytosanitaires-sanitaires en ont eu raison) pour aller à la pêche. 50% des hirondelles de cheminée ont disparu, 70% des hirondelles de fenêtre . . . Quant aux renards qui, pour quelques poules volées dans le pré, nous débarrassent de plusieurs milliers de rongeurs chaque année, ils sont chassés, gazés, empoisonnés à cette saloperie de bromadiolone, déterrés, colletés et des pièges à mâchoires sont encore posés. Aucune période de l’histoire humaine n’a exprimé autant de barbarie vis à vis de l’animal sauvage.

     La chasse, la pêche et la cueillette ont assuré la nourriture de l’homme jusqu’à l’aube de la période industrielle. Mais pour cela, une chose était indispensable : le respect du végétal et de l’animal car la survie de l’homme en dépendait. Nous n’en sommes plus là car l’agriculture et l’élevage ont assuré ce rôle depuis (bien que la qualité des produits soit souvent loin de ce que nous sommes en droit d’attendre). Chasse, pêche et cueillette sont donc devenus uniquement des loisirs. Mais il m’est désagréable de constater le monopole pris uniquement par la chasse. Durant l’hiver 2009/10, pas une seule journée n’a été sans chasse ou braconnage, avec ou sans neige, faisant fi des lois de la république et plus encore de celles de l’Europe. Quant à l’éthique, la morale et le respect des autres utilisateurs du patrimoine naturel, indispensables pour pratiquer la chasse, elle est comme beaucoup d’espèces botaniques et animales, en voie de disparition. La chasse sélective, en pleine période de brame et dans des zones dites « de quiétude » sur les plus beaux cerfs reproducteurs, est en ce sens très éloquente de cette érosion de tout sens moral.

     Quant au piégeage, activité aveugle et sournoise, il devrait être à nouveau interdit de le pratiquer par le commun des mortels (les lieutenants de louveteries assuraient plutôt bien la tâche qui leur incombait). La prolifération du campagnol terrestre (rat taupier) est pour une large part, due à l’obsession de cette mise à mort du renard. De larges zones dont le Mailhebiau, sont quasiment sinistrées, après Laguiole, par ce même rongeur. La plus mauvaise méthode pour limiter cet envahisseur est le poison (pourtant largement utilisé) car empoisonnant également toute la chaîne des prédateurs dont les rapaces légalement protégés.

     N’étant pas chimiste, je ne connais pas les éventuels avantages que l’écobuage apporte à la terre, mais la combustion de 50 kg de végétal à l’air libre donne autant de pollution atmosphérique qu’une voiture moderne parcourant 8500 km. Etant constaté les surfaces de lande brûlées cet hiver dépourvu de neige, l’air pur de l’Aubrac devient un vain mot . . .

     Après ces louanges adressées à une frange de population sans foi ni loi, je tiens à remercier ceux qui respectent le bout de terre qu’ils ont charge de transmettre à leurs descendants, à celles et ceux qui profitent de voir, de sentir, d’apprécier l’extraordinaire beauté et complexité du monde vivant qui nous entoure. L’élite des chercheurs passe une grande partie de leur vie à étudier cette « biodiversité » et n’atteignent à la fin de celle-ci que peu de connaissances, alors qu’on obtient un agrément de piégeage après deux jours de formation . . .

     C’est bien connu, l’Aubrac est une terre mystérieuse qui ne se livre pas au premier regard. Ce territoire est une montagne enserrée entre le Lot et la Truyère, une petite montagne en somme avec ses 1400 mètres au plus haut, une montagne à vaches. Mais l’hiver venu, son climat lui permet de s’appeler « montagne » hantée par la neige et un vent terrible appelé « la burle ». Les mêmes fantômes qu’en Irlande ou Ecosse y règnent en maîtres et je pense que la vie sauvage s’en accommode fort bien. Les fantômes sont tellement moins dangereux que certains humains.

Renaud DENGREVILLE

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