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Au secours du thé d’Aubrac

Au secours du thé d’Aubrac

On juin 3, 2012, Posted by , In Thèmes du mois, By ,, , With Commentaires fermés sur Au secours du thé d’Aubrac

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Article de Philippe Dupré, paru dans Rustica Hebdo « dans la vie comme au jardin » ( n°2208 du 18 avril 2012)

 

Avec le calament à grandes fleurs, les Aubracois préparent une tisane. Mais cette plante sauvage fait l’objet d’un commerce effréné, et menace de disparaître. Pour la sauver, des agriculteurs tentent sa culture.

PHILIPPE DUPRÉ

Depuis des générations sur le plateau de l’Aubrac, terroir partagé entre Lozère, Aveyron et Cantal, les habitants apprécient la saveur mentholée des tisanes sauvages, leurs vertus revigorantes et digestives. On les utilisait jadis pour soigner les animaux.

Mais, depuis 15 ans, la plante est victime de l’engouement pour les infusions, sirops et liqueurs qu’on en tire. La pression d’une cueillette incontrôlée menace d’extinction ce thé d’Aubrac. Aux sages prélèvements locaux (2 ou 3 feuilles sur les tiges hautes de 20 à 50 cm), ont succédé les ramassages massifs de cueilleurs, venus souvent de loin, attirés par le prix de vente sur les marchés estivaux de la région (1 €/g, parfois plus). De surcroît, sur ces étals prolifèrent des sachets de faux thé d’Aubrac.

Il devient urgent d’apprendre à le cultiver.

À Condom-d’Aubrac (12), Émile Griffoul, cultivateur et cueilleur de plantes aromatiques et médicinales, parcourt son champ de thé d’Aubrac et emplit son panier de feuilles bien vertes. Triées à la main, étalées sur des claies, elles sécheront naturellement en trois jours.

 

Des cultivateurs pionniers

« J’ai commencé en mai 2008 avec des plants achetés au conservatoire de Milly-la-Forêt (91), explique Émile Griffoul. D’une grande vitalité, le calament à grandes fleurs fournit trois cueillettes abondantes de feuilles de juillet jusqu’à l’automne. Mais il craint la concurrence des mauvaises herbes, et le vent d’autan chaud et sec d’été qui flétrit les feuilles, assèche le sol et casse les tiges. Pour les protéger, j’intercale des buis et paille avec du BBF (branches broyées de feuillus). J’ai noté qu’il ne craint pas les campagnols, j’en ignore la raison. Pour l’instant c’est lui qui nous cultive et non l’inverse », avoue modestement l’agriculteur.

Simultanément aux tests d’Émile Griffoul, qui transmet volontiers  son expérience, Camille Lemao conduit depuis quatre ans des essais de culture au lycée agricole de Saint-Chély-d’Apcher (48). L’objectif est d’organiser la filière locale de thé d’Aubrac cultivé. « Nous cherchons le meilleur écartement entre les rangs et les plants, surveillons leur résistance aux gelées, expérimentons l’épaisseur du paillage et les périodicités d’arrosage. N’ayant subi aucune sélection, il est peu sensible aux maladies. Nous diviserons quelques pieds pour observer leur réaction » détaille-t-elle. Les quantités récoltées confirment son intérêt économique pour diversifier l’activité des agriculteurs aubracois.

En février dernier, ceux-ci ont créé l‘Association des producteurs de thé d’Aubrac de Lozère, une douzaine l’ont planté sur de petites surfaces pour se familiariser avec sa culture. Après une petite mais symbolique récolte cette année, celle de 2012 est attendue avec confiance. Bonne nouvelle, les dégustations ne révèlent aucune différence de saveur et d’arôme entre thé sauvage et cultivé !

 

 

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