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Cartographie des cours d’eau : une lourde menace environnementale.

Cartographie des cours d’eau : une lourde menace environnementale.

On mai 31, 2018, Posted by , In Articles de presse, With No Comments

Saviez-vous que depuis 3 ans, en toute discrétion, des centaines de petits ruisseaux disparaissent volontairement des cartes et de notre paysage?
Ce constat alarmant est le résultat d’une vaste opération de reclassification des cours d »eau lancée en 2015 par le gouvernement et Ségolène Royal, alors Ministre de l’écologie, sous la pression de la FNSEA. Cette opération qui peut paraître anodine et qui passe inaperçue, impacte en réalité notre environnement de façon irréversible et bientôt notre santé.

Pour être considéré comme un cours d’eau, un écoulement doit répondre à trois critères cumulatifs définis par le code de l’environnement: un lit et une source clairement identifiable et un débit suffisant pendant la majeure partie de l’année.

Le travail d’identification des cours d’eau mené par les DDT(Directions Départementales du Territoire) d’un coté et par les FDSEA et JA de l’autre, ayant révélé des différences significatives de l’ordre de 40% à 60%!, un travail complémentaire a été engagé sur le terrain avec ces deux organismes accompagnés de représentants de la profession agricole, de l’Agence Française pour la Biodiversité et parfois de la pêche associative,des syndicats de rivières et des collectivités locales…afin de trouver des compromis!

Depuis, s’engage un bras de fer avec le tout-puissant syndicat agricole, ce dernier cherchant à faire déclasser le maximum de cours d’eau en fossé ou ravine. Et l’enjeu est de taille quand on sait que la loi sur l’eau ne réglemente pas la gestion et la protection de ces derniers.

Si la cartographie est loin d’être terminée en Aveyron, elle est beaucoup plus avancée dans le Cantal et en Lozère ou le secteur « Aubrac » n’est malheureusement pas épargné et ou le grand nombre de demandes de reclassification interroge.     Est-ce la peur d’un Parc Naturel Régional de l’Aubrac rendant la déclassification plus contraignante dans l’avenir ou la triste déconnexion de certains vis-a-vis des demandes environnementales et sociales qui font apparaître ces chiffres alarmants ?
Toutes les données et cartes sont consultables sur les sites internet des préfectures concernées(
menus: politique publique-environnement-eau).

Même si nos 3 départements ont une petite chance d’être un peu moins impactés que les zones céréalières comme la Haute-Garonne par exemple ou, dans la seule partie Nord de ce département, plus de 900 cours d’eau viennent d’être rayés des cartes(« La Dépêche »  27/12/2017), nous nous inquiétons et dénonçons la perte de ces zones essentielles à l’équilibre naturel. Leur sacrifice révèle encore une fois une exploitation de la terre à court terme, toujours plus irréfléchie ou l’environnement naturel et humain ne compte pas. Une fois comblés, drainés et exploités, ces cours d’eau ne pourront plus remplir correctement leurs fonctions de régulateurs hydrologique et de viviers pour la biodiversité. Dans le pire des cas, ils alimenteront par infiltration les boraldes et les rivières, impactant un peu plus la flore et la faune aquatique, nous procurant dans le même temps, une eau de consommation contaminée par les différents engrais et produits phytosanitaires répandus.

Cette éternelle remise en cause des lois et normes environnementales que nous font subir les grands décideurs du monde agricole, annonce un peu plus chaque jour un désastre écologique et humain et jette le discrédit sur une profession, dont beaucoup de ses petits acteurs tentent tant bien que mal de survivre, en conciliant production et respect de la terre et des hommes. C’est encore une fois un triste constat et une amère régression en matière de protection de l’environnement.

 

Vincent Calsat

Président Fédération Aubrac Biodiversité

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